Les théories

Les récits fracturés, distordus, chaotiques abondent en littérature, nous forçant à nous pencher sur les narrations fictionnelles pour leurs dysfonctionnements. Ces derniers pointent une scission complexe entre vérité et fiction qui entraîne au sein des œuvres un excès de fiction. Les débordements de la fiction au cœur de la fiction littéraire ne sont pas sans entretenir des relations avec nos perceptions courantes (illusions, méprises, anticipations, surinterprétations), influencées par des phénomènes discursifs qui incitent à la méfiance et activent les fabulations individuelles ou collectives.

 

Sur le plan de la création littéraire, le groupe de recherche Excès de fiction se pose les questions suivantes:

a) quels conflits de perception mettent en branle les pratiques narratives de fiction?

b) pourquoi faire de la fiction dans un monde à ce point stratifié par la fiction?

Le groupe Excès de fiction repère ainsi trois dispositifs narratifs permettant ce phénomène de stratification:

Déformation ou voilage des faits en vertu des critères de perception et d’interprétation de la réalité fictionnelle.

 

La distorsion résulte du travail de fictionnalisation [et] ne se donne pas pour objectif, a priori, de tromper, induire en erreur, tricher, abuser ou mystifier. Elle rappelle seulement l’impossibilité d’une parfaite coïncidence entre le fait de raconter une histoire et la véracité des faits évoqués par ce récit.

Boris Vian, L’écume des jours, Paris, UGE, coll. « 10/18 », 1969, p. 5.

Éclatement, scission, déconnexion, discontinuité, infraction des modalités du récit qui causent un dérèglement de la logique narrative (principe de causalité ou de temporalité).

La disjonction provoque une rupture entrainant des programmes narratifs autonomes, parfois conflictuels ou contradictoires. L’inadéquation des programmes pourtant juxtaposés tend à déplier, narrativement, des possibilités, des versions, des virtualités ou des variations de la fiction.

Changement de direction ou de position, détournement, dérivation axée sur le régime de l’intrigue (digression, délocalisation du regard, écart par rapport à l’intention ou à la fonction narrative première, déplacement de la diégèse).

La déviation narrative implique un déplacement de l’action, de la quête ou de la perspective de l’instance narrative, sans motivation précise. Une réorientation de l’intrigue ou un changement du sujet cause un effet de rupture dans la diégèse, quoique cela n’entraine pas de souci logique a priori.

Le carnet collectif « Excéder la ligne » sur le site Quartier F explicite, sous différentes formes, ces trois dispositifs narratifs.